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Avis de décès

Vaclav Havel

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Écrit par Anne Dastakian   
19-12-2011
vaclav_havel.jpgVaclav Havell, symbole de la dissidence tchécoslovaque, est mort, dimanche 18 décembre 2011 à l’aube, à 75 ans.
Emporté par un cancer du poumon – résultat de décennies de tabagisme et de plusieurs séjours dans les geôles communistes - qui le consumait depuis plusieurs années. Ce n’est donc pas une surprise, mais une bien triste nouvelle, à laquelle tous les grands – et les moins grands- de ce monde ont aussitôt réagi par un commentaire élogieux. Même son plus farouche adversaire, l’actuel président tchèque Vaclav Klaus, lui a rendu hommage, saluant sa «lutte courageuse» contre le totalitarisme communiste puis son rôle éminent à la tête du pays libéré. Pourtant, à l’époque où, premier ministre, il rêvait d’occuper son poste, Klaus l’avait souvent traité d’irresponsable gauchiste, rejetant avec mépris les valeurs morales auxquelles Havel se référait souvent. 
 
Car, aux yeux du monde, Vaclav Havel symbolisait bel et bien la dissidence tchécoslovaque, réunie sous la bannière de la Charte 77, précipitée sur le devant de la scène au moment de la «Révolution de velours» de novembre 1989. Or, bien peu de gens, en Occident, savent comment la Charte 77 est née. Loin de l’exemple du syndicat polonais Solidarnocz, né de l’opposition des ouvriers et de l’Eglise catholique, la dissidence tchécoslovaque était intimement liée à la contre-culture issue du Printemps de Prague. Et plus précisément d’une rencontre concrète, en mars 1976, entre Vaclav Havel et le poète Ivan Jirous, leader du groupe psychédélique The plastic people of the universe, décédé il y a moins d’un mois, à 67 ans, d’une hémorragie interne.
 
Jirous, surnommé « Magor » (le fou), «représentait la puissance brute et émotionnelle d’une scène musicale en ébullition, tandis que Havel représentait la communauté intellectuelle des écrivains et des chercheurs interdits, qui jousissaient déjà d’une reconnaissance internationale », notait dans le mois dernier dans le Guardian Paul Wilson, un poète et traducteur canadien qui cotoya intensivement le groupe pendant les annés soixante, avant d’être expulsé du pays. « Pour nous, Jirous était aussi important que Havel », renchérissait, au lendemain de son décès, Alexandr Vondra, ancien dissident et actuel ministre tchèque de la défense. Le dramaturge britannique Tom Stoppard, dans sa pièce Rock’n’roll, voit lui aussi cette alliance scellée entre Jirous et Havel –copieusement arrosée comme il se doit- le premier pas vers la «Révolution de velours»… Quelques jours après cette recontre fatidique, Jirous et 19 membres de l’underground musical furent arrêtés, accusés de jouer une musique dégénérée, qui plus est inspirée par les Etats-Unis.
Havel lança une campagne internationale afin de les faire libérer. Une initiative qui s’avèra un succès puisque certains furent  libérés, les autres recevant des peines plus clémentes que prévu.
 
Ce succès inspira le mouvement des droits civiques de la Charte 77, co-fondée par Havel et le philosophe Jan Patocka, mort d’une crise cardiaque quelques mois plus tard pendant un interrogatoire de police… 
 
Suivirent douze années de «normalisation», et de persécutions contre les activistes, qui, sans aucun doute, portent une lourde responsabilité dans la mort prématurée de nombreux ex-opposants. En moins d’un mois, deux géants de la dissidence tchèque se sont éteints, prématurément usés par les années de lutte et la prison. Nul doute que leurs amis fêteront dignement ces disparitions…
 
Dernière mise à jour : ( 14-02-2012 )
 
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