Acteur
au visage et à la voix magnétiques, metteur en scène habité par la passion des
mots, Laurent Terzieff estdécédé
vendredi 2 juillet 2010.
Né le
27 juin 1935 à Toulouse, il avait 75 ans.
Laurent
Terzieff , ce passionné de poésie, s'est épris des planches après
avoir vu, encore adolescent, La Sonate
des spectres de Strindberg, mise en scène par Roger Blin, qui sera l'un de
ses mentors.
Hantant les
coulisses comme machiniste, souffleur, figurant, doublure, il débute en 1953
dans "Tous contre tous" d'Adamov sous la direction de Jean-Marie
Serreau, autre des maîtres de Terzieff avec Jean-Louis Barrault, qui lui offre
Cébès dans "Tête d'or" à l'Odéon en 1959.
Le romantisme
de son visage émacié et la beauté de son regard clair ont failli faire de lui
un jeune premier de cinéma , quand Marcel Carné le révèle à 23 ans dans
"Les Tricheurs", portrait de la jeunesse de la fin des années 1950
qui marquera toute une génération.
Bunuel,
Clouzot, Godard lui confient des rôles. Terzieff noue des fidélités avec des
réalisateurs italiens (Pasolini, Rossellini, Zurlini), Claude Autant-Lara
(trois rôles) et le cinéma d'art et essai d'un Philippe Garrel (quatre films).
Mais, épris d'absolu, il choisit le théâtre comme un sacerdoce, une mystique.
En 1961, il
fonde la compagnie qui portait encore son nom jusqu'à aujourd'hui, hébergée
dans les petits théâtres privés de la capitale (Lutèce, La Bruyère,
Lucernaire).
Là, il peut
monter, loin des petits calculs commerciaux, les pièces inédites d'auteurs
étrangers qu'il affectionne, comme Andréiev ("La Pensée", 1961),
Schisgal ("Le Tigre et les dactylos", 1963), Albee ("Zoo
Story", 1965) et Mrozek ("Tango", 1967).
Il propose
également de nombreux spectacles de poésie autour de Rilke, Brecht et Milosz,
puis "Dernières lettres de Stalingrad" (2001), un réquisitoire contre
la guerre.
Acteur au jeu
hors mode et d'une très grande force sensible, bardé de récompenses et de
distinctions (Gérard Philipe en 1964, Prix de la critique en 1975, Grand prix
national du théâtre en 1987...) sans pourtant avoir recherché la gloire,
Laurent Terzieff avait perdu en 2002 sa compagne et partenaire de théâtre,
Pascale de Boysson.
Mais il avait
encore et toujours trouvé la force de remonter sur scène, pour y révéler
"Mon lit en zinc" de David Hare au Studio des Champs-Elysées (2006),
"Huguie" d'Eugene O'Neill au Lucernaire (2007) ou plus récemment
"L'Habilleur" de Ronald Harwood au Rive-Gauche (2009).
Cette
dernière pièce, exaltation de l'amour du théâtre, prend aujourd'hui une allure
testamentaire, à l'image aussi du "Philoctète" que Laurent Terzieff
avait incarné l'automne dernier à l'Odéon. Visage creusé, corps malingre,
l'acteur était capable, dans la peau de ce guerrier solitaire devenu infirme,
de toutes les inflexions et modulations de voix, de la sérénité à l'éructation
en passant par l'ironie mordante. Multiple et unique à la fois.